Le galet de rivière, sculpture brute à zéro euro
Commencez par le plus évident, celui que personne ne regarde : la pierre. Un galet plat ramassé au bord de la Loire ou un éclat de granit gris pèse facilement deux à trois kilos, soit largement de quoi contenir une dizaine de beaux volumes reliés. C'est la matière préférée des décorateurs nordiques, qui en font des objets de prix vendus quarante euros pièce dans les concept-stores. Vous, vous l'avez gratuitement, et avec son histoire géologique en prime.
Le secret tient en un détail : la stabilité. Choisissez une pierre dont une face est naturellement plate, ou faites-la poncer chez un marbrier pour quelques euros si vous tenez à un appui parfait. Collez dessous une bande de feutre autocollant ou un patin de liège : la pierre cesse de griffer l'étagère et de glisser sous le poids des livres. Pour deux serre-livres assortis, cherchez deux pierres de gabarit proche mais jamais identiques. L'asymétrie est ce qui fait passer l'objet du bricolage au parti pris esthétique.
Variante chic : une pierre brute laissée telle quelle d'un côté, et une seconde fendue puis effleurée d'une feuille d'or à la mixtion sur la tranche. Le contraste minéral et précieux est spectaculaire, et coûte le prix d'un carnet de feuilles d'imitation à six euros.
La brique de chantier, esprit loft new-yorkais
La brique pleine de terre cuite est l'un des objets les plus sculpturaux qui soient, et il en traîne sur tous les chantiers de démolition. Demandez poliment, on vous en donnera une poignée. Une brique foraine ancienne, avec ses irrégularités et sa patine rouge sombre, raconte autant qu'un meuble chiné. Posée debout, elle cale une rangée entière d'encyclopédies sans broncher, grâce à ses deux bons kilos.
Le geste qui change tout : envelopper la brique. Brossez-la pour ôter la poussière, puis habillez-la d'une chute de cuir vachette cousue main, d'une lanière de feutre épais ou d'une bande de toile de jute selon l'ambiance de la pièce. Le cuir surtout transforme la brique en objet de maroquinerie, du genre qu'on voit chez les éditeurs de mobilier à cent vingt euros. Comptez une trentaine de minutes et une vieille ceinture sacrifiée.
Si vous préférez le brut assumé, un simple passage de vernis mat incolore fixe la poussière de terre cuite et révèle la profondeur de la couleur. C'est l'option des intérieurs industriels, où la brique nue dialogue avec le métal noir et le bois massif des bibliothèques.
Le fer à repasser en fonte, trophée de brocante
Voici le détournement le plus jubilatoire. Les anciens fers à repasser en fonte, ceux qu'on chauffait sur la cuisinière avant l'électricité, pèsent entre deux et quatre kilos et possèdent une silhouette immédiatement reconnaissable. On en trouve par paires dans les vide-greniers entre cinq et quinze euros, et leur poids les destine évidemment à retenir des livres. La fonction d'origine, presser et maintenir, se prolonge naturellement.
Posé sa semelle à plat contre la tranche des ouvrages, un fer à repasser devient un serre-livres qui fait sourire tous les visiteurs. Deux fers face à face, encadrant une rangée de romans de poche, composent une nature morte digne d'une couverture de magazine. Un coup de paille de fer fine ôte la rouille superficielle ; une cire microcristalline incolore protège ensuite la fonte sans la rendre brillante.
Les versions les plus recherchées sont les fers à poignée en bois tourné, ou les modèles à braises ajourés qui laissent passer la lumière. Achetés dépareillés, ils n'en sont que plus intéressants : un fer français trapu à côté d'un modèle anglais plus élancé, et la bibliothèque gagne une conversation.
Les Lego, l'option ludique et modulable
Pour une chambre d'enfant, une bibliothèque de bureau ou simplement par esprit joueur, les briques Lego offrent une solution étonnamment solide. L'astuce, connue des amateurs, consiste à construire deux blocs en forme de L : une base large posée sous les livres, et un mur vertical qui les retient. Le poids des ouvrages, appuyé sur la base, verrouille l'ensemble. Une trentaine de briques par serre-livre suffit.
Le génie de cette méthode tient à sa réversibilité totale. Aucune colle, aucun outil, rien d'abîmé : on démonte, on reconstruit, on change la couleur au gré de l'humeur. Un enfant peut faire évoluer ses serre-livres en même temps que sa bibliothèque grandit. Pour gagner en stabilité avec des livres lourds, lestez l'intérieur du bloc avec quelques pièces de monnaie ou un petit galet caché entre les briques.
Côté style, deux écoles. Le monochrome, tout noir ou tout blanc, donne un résultat graphique et adulte qui détonne agréablement. Ou le bloc transparent, assemblé en briques cristal, qui capte la lumière comme un petit objet de verre. Dans les deux cas, on est loin du gadget.
La bûche fendue, hommage au bois de la bibliothèque
Impossible, dans un magazine consacré aux bibliothèques de bois, de ne pas rendre hommage à la matière reine. Une bûche bien sèche de chêne, de noyer ou de hêtre, fendue dans le sens de la longueur, donne deux demi-rondins dont la face plate s'appuie contre les livres tandis que l'écorce reste apparente. C'est le serre-livres le plus chaleureux qui soit, et il dialogue à merveille avec les boiseries et les étagères massives.
Choisissez une essence dense et un diamètre généreux, dix à quinze centimètres, pour le poids. Poncez la face de coupe en montant jusqu'au grain fin, puis nourrissez le bois d'une huile dure ou d'un mélange cire d'abeille et essence de térébenthine : le veinage ressort, profond et soyeux. Une rondelle de feutre sous la base évite que la sciure ne marque l'étagère.
Pour les amateurs de fer forgé, le mariage est évident : entourez le demi-rondin d'un plat d'acier brossé ou d'une équerre patinée, et vous obtenez un objet qui réunit les deux âmes de la bibliothèque, le bois et le métal. C'est, à peu de frais, la signature d'un intérieur qui sait ce qu'il aime.
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Trouver un artisanQuestions fréquentes
Quel poids minimum pour qu'un serre-livres tienne vraiment ?
Comptez au moins un kilo et demi par serre-livre pour une rangée courante de romans, et deux à trois kilos pour des ouvrages reliés ou de grand format. C'est précisément pour cela que la pierre, la brique et la fonte fonctionnent si bien : leur masse fait tout le travail. Pour les matières plus légères comme le Lego ou un petit rondin, lestez l'intérieur ou la base avec quelques pièces ou un galet caché.
Comment éviter que mon serre-livres maison ne raye l'étagère ?
Collez systématiquement sous la base un patin de feutre, une rondelle de liège ou une chute de cuir. Cela protège le bois de l'étagère, empêche l'objet de glisser sous la pression des livres, et ajoute une finition propre. Sur la fonte et la pierre brutes, ce détail à quelques centimes fait toute la différence entre un bricolage et un objet abouti.
Faut-il traiter la brique ou le fer à repasser avant de les utiliser ?
Oui, un nettoyage minimal s'impose. Brossez la brique et fixez sa poussière de terre cuite avec un vernis mat incolore ou habillez-la de tissu. Pour le fer en fonte, ôtez la rouille à la paille de fer fine puis protégez la semelle avec une cire microcristalline incolore, qui stoppe l'oxydation sans laisser de brillance ni tacher les pages des livres.
