Le cabinet lambrissé, ancêtre de la bibliothèque
Dès la fin du Moyen Âge, les demeures seigneuriales se dotent d'une petite pièce intime, le « cabinet de retraite », entièrement recouverte de boiseries — y compris le plafond — pour conserver la chaleur. Ce décor de bois, posé devant la pierre, assure isolation thermique et confort. Les premiers panneaux, faits de planches étroites assemblées à tenons-mortaises et chevillées, s'ornent de motifs sculptés en bas-relief.
La boiserie « à la française »
À partir du XVIᵉ siècle, les vantaux des portes s'encadrent dans des boiseries dites « à la française », à hauteur de bras levé, insérées dans un lambris continu de petits panneaux. La pièce se divise verticalement en trois : boiserie basse, boiserie d'étage et attique. C'est dans ce vocabulaire architectural que naîtra le rayonnage intégré.
La bibliothèque trouve sa forme classique
L'aménagement de la bibliothèque trouve sa forme aboutie au XVIIᵉ siècle. La bibliothèque Sainte-Geneviève, établie en 1675, montre une galerie aux parois entièrement garnies de rayonnages intégrés aux boiseries, séparés par des pilastres — les portes elles-mêmes dissimulées derrière des dos de faux livres. Au Palais Mazarin, la bibliothèque aménagée par Le Vau en 1665, aux boiseries de chêne ciré, sera transférée au Collège des Quatre Nations, aujourd'hui l'Institut de France, où ses rayonnages sont toujours en place.
L'interruption des importations de bois tendre, en 1668, généralise l'emploi du chêne de France : sain, stable, il devient l'essence de référence des grandes bibliothèques, et le reste aujourd'hui.
Versailles et le « blanc de roi »
À Trianon comme à Marly, Louis XIV fait revêtir de boiseries l'ensemble des pièces. Apparaissent alors les « boiseries de hauteur », aux panneaux verticaux plus légers, rythmés de pilastres puis de trumeaux allongés. Les plus fastueuses sont peintes à la détrempe « blanc de roi » et rehaussées de feuilles d'or ; les logements des officiers, eux, conservent le bois naturel simplement ciré, selon le vœu des architectes attachés à « la couleur du bois ».
Un héritage vivant
De cet héritage, la bibliothèque contemporaine conserve l'essentiel : le rayonnage intégré à l'architecture, le soin du bois, le jeu des proportions. Qu'elle soit en chêne massif, en merisier ou portée par une structure en fer forgé, elle prolonge un savoir-faire que perpétuent aujourd'hui menuisiers et ébénistes d'art.
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