Entretien & pratique

Poissons d'argent : ces insectes qui dévorent vos livres (et comment les chasser)

Par la rédactionPublié le 14 septembre 2025
Poissons d'argent : ces insectes qui dévorent vos livres (et comment les chasser)
L'essentiel : Le poisson d'argent ne mange pas vos livres par appétit du papier, mais pour la colle et l'amidon qu'il contient : couper l'humidité et la nourriture invisible suffit à le faire fuir, sans insecticide.

La trace argentée sur la tranche d'un Pléiade

Vous ouvrez une édition reliée laissée trop longtemps au fond d'une bibliothèque, et la lumière accroche une fine poussière nacrée le long de la tranche. Quelques pages plus loin, le papier est criblé d'encoches irrégulières, comme grignoté à la dentelle, et la dorure du dos a perdu son éclat par plaques. Vous n'avez rien entendu, rien vu bouger. C'est précisément la signature du poisson d'argent (Lepisma saccharina), ce petit insecte aplati de sept à douze millimètres, couleur étain, qui se faufile entre deux volumes à la vitesse d'un éclair dès qu'on allume la lampe.

Cet animal est un survivant : il existait avant les dinosaures, il vit jusqu'à huit ans et une femelle pond une centaine d'œufs au creux d'une reliure. Il ne fait aucun bruit, fuit la lumière, se cache le jour dans les interstices et travaille la nuit. Voilà pourquoi on parle d'ennemi invisible : quand on découvre les dégâts, la colonie est déjà installée depuis des mois, tapie derrière les plinthes, sous les étagères basses, dans le carton des cartons d'archives.

Pourquoi il dévore le papier (ce n'est pas ce que vous croyez)

Le poisson d'argent ne s'attaque pas au papier pour le papier. Son nom latin, saccharina, dit tout : il raffole des sucres et des féculents. Or un livre ancien en regorge. La colle d'amidon des reliures traditionnelles, la gélatine d'encollage du papier, l'apprêt des toiles de couverture, la pâte de blé des dos cousus : c'est ce festin caché qu'il vient lécher, en emportant la fibre de cellulose au passage. Les ouvrages d'avant les années 1980, reliés à la colle animale ou végétale, sont ses préférés ; les couvertures glacées et les pages couchées le régalent aussi.

Ce qui le retient sous votre toit tient en un mot : l'humidité. En dessous de 50 % d'hygrométrie, le poisson d'argent se dessèche et meurt ; il prospère au-delà de 75 %, dans l'obscurité tiède d'une salle de bain, d'une cave aménagée ou d'un mur mal isolé contre lequel s'adosse une étagère. La photographe et conservatrice savent qu'un papier qui gondole un peu, qui sent légèrement le renfermé, est un papier déjà trop humide — et donc un buffet ouvert. Régler le climat de la pièce neutralise le problème à la racine, bien avant tout traitement.

Les répulsifs naturels qui protègent papier et bois

La meilleure arme contre le poisson d'argent n'est pas un insecticide, c'est un déshumidificateur. Maintenir la bibliothèque entre 18 et 21 °C et autour de 45 à 50 % d'humidité relative rend tout simplement les lieux inhospitaliers. On complète avec des sachets de gel de silice glissés derrière les rangées de livres, qui captent l'humidité résiduelle et se réactivent au four ou au radiateur.

Côté répulsifs, la nature offre un arsenal odorant que ces insectes détestent. Le bois de cèdre rouge, dont les huiles aromatiques les font fuir, fait merveille en planchettes posées sur les rayonnages — c'est aussi un allié contre les mites. La lavande séchée, le clou de girofle, les écorces de cèdre ou quelques bâtons de cannelle disposés en coupelle diffusent des terpènes que le poisson d'argent évite. Pour les boiseries et les meubles de bibliothèque, une cire d'abeille additionnée d'huile essentielle de cèdre nourrit le bois tout en formant une barrière olfactive. Et pour traiter sans toxicité une zone infestée, la terre de diatomée alimentaire, saupoudrée dans les interstices et derrière les plinthes, agit mécaniquement : sa poudre microscopique abrase la carapace de l'insecte, qui se déshydrate. Inoffensive pour l'homme une fois posée, elle reste l'arme la plus efficace des conservateurs prudents.

Le geste de bibliothécaire : surveiller, aérer, dépoussiérer

Les institutions qui veillent sur des fonds patrimoniaux ne traitent presque jamais en urgence : elles surveillent. Le piège le plus simple consiste en un bocal en verre tapissé de ruban adhésif de masquage à l'extérieur, posé au sol contre une étagère : l'insecte y grimpe pour atteindre un petit morceau de pain, tombe au fond et ne peut plus remonter la paroi lisse. Quelques bocaux relevés chaque semaine donnent une cartographie précise de l'infestation.

Le reste relève d'une hygiène patiente. On dépoussière les tranches au pinceau doux, on évite d'empiler les livres à même un sol froid, on laisse un centimètre d'air entre le dos des rangées et le mur, on aère la pièce dix minutes chaque jour. Une bibliothèque vivante, ventilée et tenue, où l'on manipule régulièrement les ouvrages, est une bibliothèque que le poisson d'argent déserte. Car cet insecte n'aime rien tant que l'oubli : c'est dans les rayonnages qu'on n'ouvre jamais qu'il fonde ses dynasties.

Quand appeler à l'aide

Si malgré ces gestes les dégâts s'aggravent, si vous croisez plusieurs adultes en plein jour ou découvrez des grappes d'œufs blanchâtres au fond des reliures, l'infestation a dépassé le stade domestique. Pour un fonds ancien ou de valeur, mieux vaut alors confier les volumes touchés à un atelier de restauration : un traitement par anoxie (privation d'oxygène sous atmosphère contrôlée) tue toutes les formes de vie sans aucun produit chimique, et préserve l'intégrité du papier comme de la dorure.

Pour le reste, retenez la règle d'or : un livre se protège par son environnement, pas par la guerre chimique. Assécher, aérer, parfumer de cèdre et de lavande, manipuler souvent — et l'ennemi invisible n'aura jamais l'occasion de devenir visible.

Faites réaliser votre bibliothèque sur mesure

Un menuisier ou un ébéniste mesure, conçoit et pose un agencement parfaitement ajusté à votre intérieur.

Trouver un artisan

Questions fréquentes

Les poissons d'argent sont-ils dangereux pour la santé ?

Non. Le poisson d'argent ne pique pas, ne mord pas et ne transmet aucune maladie. Le danger est uniquement matériel : il endommage livres, reliures, papiers, photographies et parfois textiles. Sa présence reste néanmoins un bon indicateur d'un excès d'humidité dans la pièce, qu'il convient de corriger.

Comment savoir si c'est bien un poisson d'argent qui abîme mes livres ?

Trois indices convergent : de fines écailles argentées qui se déposent comme une poussière nacrée, des pages grignotées en encoches irrégulières plutôt qu'en trous nets, et une atteinte préférentielle des colles, des dos et des couvertures plutôt que du cœur des pages. L'insecte lui-même, repéré la nuit, est aplati, gris métallique et fuit la lumière à grande vitesse.

La terre de diatomée est-elle vraiment sans danger pour mes livres ?

Oui, à condition d'utiliser de la terre de diatomée de qualité alimentaire (non calcinée) et de la déposer dans les interstices, derrière les plinthes et sous les étagères, jamais directement sur les pages. C'est un répulsif mécanique non toxique pour l'homme et les animaux domestiques. On l'aspire et on la renouvelle après quelques semaines.

Trouver un artisan près de chez moi